Petites histoires

Nadja chez le coiffeur

Intérieur-restaurant-bar-Les-Editeurs-Master-Class-Samsung-Galaxy-Note-8-Paris-OdéonJe me faisais couper les cheveux. J’étais assise dans le fauteuil et trois hommes attendaient de l’autre côté, le long du mur. Cela faisait un certain temps que je les observais. Tous les trois se ressemblaient étrangement. Ils fumaient. J’avais compris que l’un deux avait demandé du feu aux deux autres et ils commençaient à entamer une discussion. Les deux autres femmes dans le salon devaient me ressembler aussi. Je détestais que mon mari m’accompagne chez le coiffeur. Je n’ai jamais compris pourquoi il insistait tant à chaque fois. Je m’arrangeais toujours pour prendre rendez-vous aux heures où il travaillait, mais, me demandant chaque fois mon emploi du temps, il se débrouillait pour être libre. Toujours la même rengaine. Des pourpalers interminables et enfin… ma capitulation. Il pensait peut-être me faire plaisir et me montrer qu’il faisait attention à moi en agissant de la sorte. Mais le résultat rendait une scène bien ridicule: trois femmes dans un salon de coiffure et trois hommes les attendant depuis déjà trente minutes contre le mur d’en face.

Je regrettais qu’il ne pleuve pas ce jour là.

Je songeais déjà à ce qu’il allait se passer ensuite. A vrai dire, je n’avais pas besoin d’une riche imagination pour prévoir le déroulement de la soirée. Je passerais la porte, il m’accueillerait avec un sourire plein d’admiration, saluerait ses deux nouveaux camarades d’un geste de la main. Il me tendrait son bras jusqu’à ce que nous arrivions à la voiture et m’emmenerait, le soir, diner aux Editeurs pour notre anniversaire de mariage. Nous y allions tous les jeudi soirs. Et moi, je me lamenterais sur ma couleur trop claire et mes cheveux trop courts, pour écarter toute autre conversation plus constructive. Et enfin, ayant épuisé tous mes soupirs, il me proposerait de rentrer à pied « pour profiter de l’air frais mais encore acceptable ».

J’avais passé la porte du salon de coiffure. Nous étions rentrés à l’appartement. Il avait sorti la bouteille de scotch, m’avait servi un verre, s’était affalé sur le canapé et avait entamé des mots croisés. Il se sentait tellement fier lorsqu’il trouvait les bons mots, que parfois, malgré tout, il me touchait un peu.  Nous nous étions rendu aux Editeurs. Mais ce soir là, je n’avais pas commandé un carpaccio. Il m’avait pris la main et m’avait regardé avec tant d’amour que sur le moment, j’ eu envie de lui planter ma fourchette dans le bras.

Tellement d’années.

Un autre couple à la table d’à coté. Aussi assorti que nous. L’homme était de dos. En costume. Les cheveux grisonnant.Sa femme avait les cheveux tirés en chignon.

Vieille avant l’âge.

Elle portait une chemise blanche, assez ouverte, et je pouvais apercevoir l’esquisse de ses seins. Son mari se retourna brièvement dans ma direction.

Je fis alors un bond de quelques années en arrière.

L’homme qui était assis en face de moi, qui me tenait la main aussi sottement qu’un jeune premier de vingt ans, ce mari de longue date, me parut alors encore plus insipide, encore plus insignifiant que d’habitude. J’aurais du pourtant reconnaitre les traits de la femme, pour l’avoir vue plusieurs fois en photo dans leur salon. Mais rien d’elle ne m’était familier. Peut-être avait-il tout simplement changer de femme. Ou bien m’étais-je trompée. Celle sur les photographies pouvait très bien être sa soeur, ou sa cousine, ou encore une amie. A vrai dire, je ne lui avais pas même posé la question à l’époque car la réponse m’avait paru évidente.

Emportée dans la rêverie, ce soir là, j’oubliai de me lamenter sur ma coupe de cheveux. Je n’avais plus le coeur à jouer toute la mascarade du couple heureux en mariage. Je voulais à présent que le rideau tombe et qu’il n’y ait pas de bis. Je voulais sortir de ce restaurant dans d’autres bras. Mais l’homme qui s’était tourné vers moi, n’avait pas semblé me reconnaitre . Pourtant ce soir là, celui avec qui je voulais rentrer à pied « pour profiter de l’air frais mais encore acceptable » n’était en aucun cas mon mari.

 

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