Billets d'humeur

Le juge était une femme

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Au Palais de Justice, les comparutions immédiates s’enchainent. Vols, trafics et cambriolages sont jugés en trente minutes. Au centre, F., la présidente du tribunal, mène les audiences avec cynisme et froideur.

« Vous êtes toxicomane ? »

Les yeux rivés sur le dossier du prévenu, la présidente du tribunal correctionnel, F., attend. Cette femme d’une cinquantaine d’années, au physique sec et austère, prend son front dans ses mains et réitère sa question. Le jeune homme à la barre, lâche avec difficulté : « Je suis toxicomane ». Le mot fait peur.

A la 00ème chambre du Palais de Justice de Paris, en comparution immédiate, tout doit être précis. La présidente s’impatiente.

« Qu’est ce qu’on peut penser de quelqu’un qui a une balance sur lui avec 490 euros ? »

Silence. Le prévenu prend le temps de répondre, on le presse. Comparution immédiate oblige. Il semble pourtant évaluer la portée de ses mots, calme et profil bas sont de mise.

« Que c’est un dealer. »

 

Le 16 avril 2012, M. M a été surpris en train de récupérer 7,9 grammes de cannabis, une balance et 490 euros en liquide, derrière un arbre, à l’entrée d’une boite de nuit parisienne. Accusé d’acquisition, de transport, de détention et de vente de stupéfiants en état de récidive légale, il risque huit mois d’emprisonnement.

La présidente interrompt d’un geste las le prévenu quand il explique qu’il est de bonne foi et qu’il ne fait que revendre à une dizaine d’amis quelques grammes pour payer sa consommation personnelle, sa marge n’est pas grande. Comme un air de déjà entendu pour elle.

 

Mais le prévenu s’exprime clairement, ne cherche pas à contourner les questions et la présidente s’apaise et écoute les réponses. Oui, il est coupable. Oui, il a caché son stock derrière un arbre pour pouvoir entrer dans la boite. Et non, il ne cherche pas à nier le contenu des textos échangés avec ses clients et ses fournisseurs, retranscrits dans le dossier. Grand bien lui a pris, car un quart d’heure plus tôt, au cours de la comparution précédente, la présidente, tapant du poing sur la table, a reproché au prévenu de noyer le poisson : « J’arrête de vous poser des questions ! » puis « Ce n’est quand même pas vous qui allez piloter l’audience ! ». Elle a même fait sortir un homme qui se mouchait au dernier rang de l’assistance. Il s’en est fallu de peu pour qu’il se retrouve dans le box des accusés. Elle n’est pas femme à se laisser faire. Ce tribunal, c’est le sien.

 

Après la série de questions, la présidente invite l’avocat à plaider. C’est à ce moment précis que l‘un des deux accesseurs se prend d’une attention toute particulière pour les moulures du plafond. Un esthète probablement. L’autre se ronge les ongles. Au centre, la juge F. ouvre à nouveau le dossier, les yeux dans le vague, tournant machinalement les pages. M.M, bras croisés, tête baissée, comme un enfant que la maitresse aurait mis au coin, est assis sur le banc, juste devant son avocat. Quand ce dernier lâche le mot tant attendu : « Il est VICTIME de la situation en fumant depuis ses 14 ans », la présidente lève les yeux au ciel en direction du procureur.

La peine sera plutôt lourde : huit mois d’emprisonnement dont quatre avec sursis, accompagnée d’une amende de 1000 euros, ainsi qu’une obligation de soins. La présidente aurait pu tout aussi bien lire à haute voix la notice de son nouveau micro-onde : ni émotion, ni variation dans la voix.

 

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