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Tribulations d’un trentenaire parisien

FICTION – Dans son nouveau roman, Boys don’t cry, Jan Bertovski raconte l’histoire d’un homme d’une trentaine d’années pris dans les turpitudes de son travail et de sa vie de couple. Crise de la trentaine et remise en question lui feront prendre conscience peu à peu de la réalité des choses. En voici le prologue.

Le moche m’envahit comme une endométriose…
Voilà ce que je réponds à mon pote Elvis quand il me demande ce que j’ai fait de beau ce week-end.

Nous sommes en avril et le mercure n’a toujours pas franchi la barre des dix degrés. Les journées ensoleillées sont aussi fréquentes que les bons groupes de rock français. La dernière éclaircie remonte à il y plus d’un mois et depuis la pluie tombe en continu. Un journaliste a un jour demandé à John Lennon ce qu’il pensait du rock français. John Lennon lui a répondu par une question : et vous, que pensez-vous du vin anglais?

Bref, le moche m’envahit.

Je n’ai plus l’habitude de passer les weekends tout seul, en vieillissant je crois que je me sociabilise de plus en plus ou que je me ramollis. La vérité est souvent une question de point de vue. *

« Je me repose. Je te contacterai quand j’irai mieux »

Trois jours de silence pour me dire ça, par texto de surcroît. Va te faire foutre aurait été plus approprié. Je ne sais pas pourquoi j’attends. Ça sent le sapin depuis un moment de toute façon. Je ne m’attendais pas à ça, pas de cette manière. Je croyais que je ne l’aimais pas, mais je ne supporte pas cette distance, cette absence de franchise et de courage, cette apathie. Elle n’a pas besoin d’aller bien pour me contacter. Je lui ai pourtant dit que je l’aimerai même malade en train de vomir dans les chiottes en pyjama vert à pois. Je crois que ce qui me fait le plus mal, c’est qu’elle me voit comme une souffrance alors que moi je n’attends que de soulager les siennes.

J’étais à Montreuil hier soir, chez une fille rencontrée sur Facebook. Une petite copine de l’internet comme j’ai coutume de dire. C’est ma première sur Facebook. Il faut bien combattre le feu par le feu. Elle s’appelle Bérénice, trente ans, brune, petit modèle, du monde au balcon. Bérénice fume clope sur clope et boit du pinard tiré d’un cubi. Bérénice est une actrice intermittente qui a besoin d’un psy (et malheureusement ce soir c’est moi qui m’y colle). Elle a tourné dans un simulacre de porno qu’elle n’hésite pas à me montrer sur sa petite télé située en plein milieu de son salon. Je regarde poliment. Je me demande comment cela va tourner. Je n’arrive pas à la cerner mais je sais pourquoi je suis venu.

Son appart est plutôt grand. Ses parents, qui sont médecins, lui payent la location chaque mois. Le salon est une grande pièce carrée terminée par une grande baie vitrée dominant un Paris tout illuminé. La hauteur de la vue et les lumières me fascinent. En temps normal, cela m’aurait apaisé.

Mais je suis obligé de me concentrer sur mon hôte. La conversation porte beaucoup sur le cinéma et la musique. Je m’efforce de paraitre cultivé et de trouver des points d’accroche. Nous avons quelques goûts en commun mais je pense qu’elle est trop bohème pour moi. Je me sens mal à l’aise car c’est la première fois que je vois cette fille et je suis déjà chez elle. Nous avons eu plusieurs heures de conversation via internet, mais le passage à la réalité est plutôt brutal et sans charme. Je ne sais plus de quoi j’ai réellement envie. Je reviens à la réalité : Bérénice veut à tout prix me faire écouter son groupe préféré. Elle monte brutalement le son et se lève d’un coup du canapé pour danser en cercle comme une folle au milieu de son salon. Elle me fait signe de me lever et me prend par la taille tout en me caressant. J’essaie de l’embrasser mais elle résiste. Tout en continuant à danser je passe derrière elle pour la tenir par les hanches. Elle se laisse faire en penchant sa tête en arrière pour me susurrer une réplique de son film :

– Oh oui ! Vas-y comme ça c’est meilleur !

Elle rigole satisfaite de sa réplique et retourne s’assoir pour boire une autre verre de vin. Souffler le chaud et le froid ne m’a jamais excité. Dommage j’avais envie de la sodomiser.

Elle commence à sentir un peu trop l’alcool et l’appartement est complètement enfumé. Je sens la nausée poindre. Je me dis que ça va être compliqué. Il est minuit trente. Je pense que j’ai mieux à faire chez moi, trouver une autre fille sur internet par exemple. Je lui dis que je suis crevé et que j’ai de la route à faire. Je la remercie pour son hospitalité en passant la porte. Elle met alors ses mains autour de mon cou et essaie de m’embrasser. Comme ça ne rime plus à rien, je fais comme si de rien n’était. Lorsque j’arrive dans la voiture je m’aperçois que j’ai oublié mes lunettes de soleil chez elle. Je suis quitte pour y retourner demain.

Facebook ça craint.

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