Petites histoires

En attendant le cours de maths

17h… Nadja était dans l’ascenseur à seulement quelques mètres de lui. De son odeur, de sa bouche et de ses bras. Premier étage, deuxième, troisième… Dans quelques secondes, elle arriverait au cinquième, le sourire aux lèvres et des papillons dans le ventre.
Quatrième.
Cinquième.
Face à l’ascenseur, au seuil de son appartement, il l’attendait, porte grande ouverte, en piétinant. Une semaine d’attente. Amaury avait bien potassé ses cours de mathématiques.

Ils allaient bien finir par accomplir ce que leur imagination les poussait inexorablement à faire. Pas le choix. Il n’y avait que les lois de la nature qui comptaient à ce moment précis. Ce moment où la porte de l’ascenseur allait s’ouvrir, qu’elle allait s’essuyer les pieds sur le paillasson et entrer dans l’appartement l’air de rien.
L’air de rien.
Il n’était qu’un enfant, il avait tout à apprendre, elle était de sept ans son ainée et à leurs âges, cela comptait terriblement. Tout juste en âge de faire l’amour. C’est pour cela qu’elle lui cachait que son envie première n’était pas de faire des fractions, des divisions ou de mettre en pratique des théorèmes, mais tout autre chose. Pourtant, ils s’assirent à la table de la salle à manger, cahier en main, prêts à dégainer les stylos.
Lorsque le cours sera terminé et qu’ils se salueront en s’effleurant à peine les joues, ils passeront ensuite une semaine à rêver qu’ils pourraient se retrouver en cachette, au détour de deux emplois du temps bien chargés, à l’abri des jugements.
Elle portait ce jour là une chemise d’homme, resserrée à la taille par une fine ceinture, un short en laine qui lui arrivait au milieu des cuisses, des collants opaques qui laissaient deviner les muscles de ses jambes et des ballerines bleues. Ses habits, souvent trop grands, donnaient au jeune garçon l’impression qu’elle les empruntait à son mari. Et l’intimité qu’il l’imaginait avoir avec cet homme inconnu, ce mari indigne d’elle, aurait pu le faire hurler de rage. Il aurait aimé l’arracher à ces bras qui blasphèment pour vouer un culte mérité à ce corps qu’il révère.

Ce jour-là, quand Nadja fût partie, après lui avoir serré la main, il s’enferma dans sa chambre pour lui écrire. Lui, le littéraire, lui ferait la plus belle déclaration qu’elle n’a jamais reçue. Lui, le littéraire, lui récitera des passages entiers des plus belles chansons de Michel Legrand. Bon élève.

Nadja revint la semaine d’après pour le dernier cours.

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