Billets d'humeur/Entre les lignes

Regrets d’une prostituée

CC. Dominique Kleiner

CC. Dominique Kleiner

BILLET – Je retrouve mon âme rue Soufflot. C’est là que j’habite, presque. La carterie en bas, c’est là que j’avais perdu mon âme. « As tu honte de moi ? » lui disais-je, et les gens se retournaient étonnés à notre passage. Absurdité. Non sens. Pourquoi un homme si laid aurait-il honte d’être à mon bras ? C’est devant la carterie que tout s’est passé. Je révérais cette carterie, mais je ne lui prête plus tellement d’attention désormais. Un coup de fil peut tout faire basculer. Remember when we used to play, bang bang. BANG BANG.

Je retrouve mon âme rue Soufflot. Mais j’en ai perdu, des gens, en cours de route. Ce ne sont plus les mêmes qui entrent dans mon studio. Ce ne sont plus les mêmes et pourtant, j’ai la même souffrance. Pas encore d’atterrissage depuis deux ans et demi. Comment pouvez-vous me comprendre, cher lecteur, puisque je n’ai qu’une plume allusive ? C’est ce que m’a dit la vieille pie en atelier d’écriture romanesque. Il s’en est passé des choses depuis mon dernier billet. Mon ami anti-inspi m’a abandonnée, comme lorsqu’il dormait et que je restais seule à coté de lui éveillée. Je lui disais souvent : « Ne t’endors pas surtout, le sommeil c’est comme la mort, c’est pour ceux qui veulent semer les autres ». Et c’est vrai, c’était pour lui le seul moyen de me semer. Il a pleuré pourtant à la gare de Chantilly quand il m’a dit que c’était fini. Que c’était beau ! Que c’était mélo ! Que cela devait être bon pour les spectateurs ! Enfin, les deux ou trois pèlerins qui rentraient à Paris vers 22h30. Il ne pouvait même plus parler, tant il pleurait, et je pleurais aussi. Aussi théâtrale que la rupture du RER B, mais dans un genre différent.

Je les aime mes hommes, ils marchent fiers, le front haut, fiers d’être avec moi, fiers de me jeter, fiers de me posséder. Car ils me possèdent, oui. Ce n’est pas seulement quelques sous vêtements que j’oublie chez eux, non, ce sont des bouts de mon âme éparpillés un peu partout dans Paris. Petite pensée musicale aux airs suaves de violoncelle, de Barbara… et le petit nouveau, Damien Rice ! C’est tout ce qu’il m’a laissé le dernier, Damien Rice et quelques plats chinois à emporter, en banlieue proche, le mardi soir.

Je retrouve mon âme rue Soufflot. Quelle importance que les gens soient différents, tant que les lieux restent à leur place !

Article écrit le 7 mars 2008.

Publicités

Une réflexion sur “Regrets d’une prostituée

  1. Pingback: Le ventre vide | Le Café littéraire de Nadja

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s