Billets d'humeur/Entre les lignes/nouvelle du fond

Le Funzy Café

Si j’étais une station de métropolitain, je pense que je serais Notre-Dame-des-Champs. En travaux. Non. Pas en travaux. En friche. Des affiches arrachées, un mur pas bien net, qui grouille de gerçures, de fissures, des ruelles en béton. On gratte un peu et tout devient moche. Une illusion de savoir où l’on est, juste cela. Je retrouve toujours cette station avec bonheur. Et pourtant, voila bien longtemps que je l’ai quittée. Un an. Plus d’un an.

Je me retrouve dans un café (pour une fois !), juste à coté du Petit Chinon. Et c’est le cœur serré que je suis passée devant l’immonde pizzeria.

A force d’écrire du nominal, je sens que je perds le verbe et je deviens incapable de formuler mes phrases correctement, en gros, à la « sujet-verbe-complément ». Cela se ressent lorsque je rends mes dissertations pourries aux profs de la Sorbonne. Je le sens très bien aussi lorsque j’écris mes articles au journal. Et puis, je déforme vraiment tout. Dramatique, tragique, épique, pour finir vraiment pathétique. Eh oui ! Tous les registres y passent avec moi. Autrement dit, juste à coté. Ma prose est toujours à coté, et ma façon de penser aussi, tout sent le factice, pue l’artificiel et l’hermétique indéfinissable qui ne veut souvent pas dire grand chose. Et pourtant, je les blâme ces Nizan, ces Sartre et compagnie, ils me ressemblent à cela près qu’ils ont le talent pour eux, et qu’ils ne m’ont rien laissé du leur, ils auraient pu partager… Donc je reprends, quand je dis « mes articles au journal », cela signifie « des échos dans un magazine bimensuel ». Je suis creuse comme une caisse de résonance, où comme les nouvelles carafes de la gamme Mikasa oenology (qui sont top dans leur genre !). Petite caisse de résonance, chétive, frêle, étroite, comme celle d’un violon. Grattez le vernis cher ami et vous aurez du mat insupportable, fade, et insipide. On ne peut contenir que très peu en moi et je ne sais même pas comment appréhender l’avenir avec le peu que je n’assume déjà pas.

Mon régulier est beau, est bien et fait toujours mieux que moi. Mon admiration pour lui est très grande. Je n’ai pas encore vraiment écrit sur lui, j’aime écrire quand tout est terminé, qu’il n’y a plus rien juste du désespoir. Lui, il me procure tout le bonheur et le plaisir que j’attends. Bref, il n’a pas l’étoffe d’une muse de désespoir. Je ne me sens pas Didon avec lui, ni Phèdre. Je ne suis pas rampante, nous marchons côte à côte, il fait souvent beau quand je le vois. Pour que l’automne des idées touche à sa fin, il faudrait que je le quitte, ou qu’il me quitte. Mais je préfère pour l’instant garder ma mauvaise inspiration et mon bon petit ami.

Comme je vous ai dit, je suis dans un café à Vavin. Mais rien n’est pareil que le Petit Chinon. Il y a du jazz qui passe à la radio, mais rien ne me rappelle les moments passés aux Éditeurs. Je ne pense pas retourner dans ce café de si tôt, surtout que le serveur n’est pas tout à fait ce que l’on pourrait catégoriser de « serveur aimable ». Enfin bref.

UN groupe à coté de moi débatte vivement des spéculations amoureuses d’une belle fille aux cheveux longs. Elle est coiffeuse, mais n’en a pas l’air. Il y a un gay qui est en train de lui dire: « ta valeur est en toi, tu es désirable, je suis désolée, je t’avais déjà repérée dans la rue » et blablabla. Un pédé qui drague une fille, ça passe toujours. Mais si je la draguais, moi, elle ne m’écouterait pas.

J’ai aimé tant d’hommes à cette station de métro, et tant d’hommes m’ont aimée. Tous plus déglingués les uns que les autres. J’en ai croisé un en sortant tout à l’heure, on s’est fait signe, on s’est sourit et la vie a repris son cours. Je n’ai pas beaucoup parlé de cet homme sur ce site, mais je tiens encore à lui. Je ne l’ai jamais aimé d’un amour sexuel, mais je sens bien au fond de moi qu’il me manque un peu, et que je l’ai aimé quand même.

Notre Dame des Champs m’allait si bien.

Article écrit le 31 août 2007.

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