Attentes en gare/Billets d'humeur/Un brin de poésie

Sur le zinc du Café français

BILLET – C’est le même café. On revient toujours au point de départ. Je ne suis pas aussi douée que Michel Leiris pour la confession (et pourtant). Ses mots dans ma bouche et ses mots sur mon cahier ne sonnent pas aussi juste. J’aimerais tant atteindre ce degré de sincérité illusoire qui ne rend dupe personne, à part moi. Assise dans ce café, après avoir joué toute la nuit, je regarde par la fenêtre et je vois passer les greluches, anéantissement et barage, explosion et anihilation des quelques ondes anecdotiques que je conservais.

J’ai cette frénésie d’écrire, comme une lacheté qui me tient au corps, qui me frustre et m’ennuie et conspire à me nuire. Cette frénésie d’écrire de la merde, car je ne suis pas capable du reste. Je vois ces lieux qui sont les mêmes, je vois cette rue qui est la même et l’église qui te ressemble. Et pourtant ce n’est ni le même lieu, ni la même rue, ni la même église. Dis, quand reviendrai-je ? Paris me tue, Paris me désespère, elle m’interdit son accès. Pourtant je la révère, tant et tant que la rupture est difficile.

La rupture est difficile.

La rupture est difficile.

Je ne couche plus avec elle, je ne fais plus l’amour avec elle, je la vois, la regarde de loin, l’observe en silence, sans la comprendre, sans la sentir. Les métropolitains (toujours la même pédance) ne me montrent plus l’endroit où nous nous sommes aimées, les métropolitains ne font que me conduire dans les gares qui m’ éloignent un peu plus d’elle.

Et pourtant, c’était ma muse.

Je ne l’ai pas trompée, pourtant. Je suis fidèle, comme un chien à son maître, comme à genou, suppliante et frêle, je suis fidèle.

Lundi soir, je suis repassée au jardin du Luxembourg, mais le foyer n’est plus mien, tu n’étais pas, cher ami, à l’arrêt du 82. Un autre cher ami me tenait compagnie. Celui-là est beau, fin et agréable, mais il n’est pas toi, il n’est pas vous. Vous que je n’aimais pas tout à fait, alors que je n’aimais que vous.

Tu vois, comme c’est facile d’oublier le petit pont, d’oublier le petit chinon, d’oublier ta petite femme. C’est facile pour moi aussi à vrai dire de t’oublier toi, crapule puérile, musifiée et objet d’un amour céleste, chaste, et torride. Ame parmi d’autres âmes dans ce lit cassé en bois de palissandre. Tu n’étais pas qu’un, tu étais l’intermédiaire de notre amour. Tu étais plusieurs, tu étais multiple et ta face d’homme se confondait avec les traits de la femme dans une inspiration androgyne et antique. Aussi antique que la décoration de ta salle de bain.

Cet amour qui désormais sent le plan cul à cent mille lieues… Puisque je ne reste pas la nuit dormir avec toi, je me casse prendre le dernier train, pour rentrer chez mes parents.

La rupture est difficile et je crois bien qu’il n’y a que le Luxembourg pour parler d’amour.

Article écrit le 13 juin 2007.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s