Parlons ciné

L’inattendu Jimmy P.

CRITIQUE – Le dernier film d’Arnaud Desplechin, inspiré d’un ouvrage du psychanalyste et ethnologue Georges Devereux, Psychothérapie d’un Indien des Plaines ne ressemble à aucun autre. Changement de décor et de manière de filmer pour le réalisateur. 

Les plaines du Kansas en 1948. Un indien Blackfoot qui souffre de maux de tête et de vertiges après avoir combattu en France. Une version originale en anglais. Jimmy P. pourrait être un western introspectif. A la conquête des profondeurs de l’inconscient. On est loin des paysages urbains de Roubaix et des réunions de famille, pourtant chers à Arnaud Desplechin. Le moins que l’on puisse écrire est que Jimmy P. détonne. Changement de cap radical pour le réalisateur français, cinq ans après Un Conte de Noël.

Jimmy Picard interprété brillamment par Benicio del Toro est hospitalisé après la Seconde Guerre mondiale. En l’absence de causes physiologiques, il est diagnostiqué schizophrène. Il fait la connaissance de Georges Devereux, psychanalyste et ethnologue spécialiste des cultures amérindiennes, avec qui il se lance dans l’exploration de ses souvenirs et de ses rêves.

Patchwork mythologique

L’Indien parvient à s’affranchir de ses maux au rythme des séances avec le Docteur Devereux (Mathieu Amalric). Un peu à l’image d’Arnaud Desplechin qui semble offrir un cinéma moins torturé, moins sinueux, plus lisse, au grand dam de ses admirateurs de la première heure. Le charme tragique commun à Rois et reineUn Conte de Noël ou Léo, en jouant dans la Compagnie des hommes, ce charme signature, n’est plus. Ce qui fait l’unité dans l’oeuvre d’Arnaud Desplechin et qui manque à Jimmy P. est la lueur tragique qu’il insuffle à ses films. Il éclaire l’ensemble de ses scénarios par des références aux mythes et donne ainsi de la grandeur aux scènes du quotidien. Patchwork mythologique. Rois et reine s’ouvre sur une gravure de Zeus se changeant en cygne. Le recours à l’histoire d’Abel et

Caïn dans la Sentinelle permet d’éclairer l’histoire de la guerre froide. Les personnages d’Un Conte de Noël portent des noms de dieux ou de rois. Et c’est ainsi dans tous ses films. Tous, sauf Jimmy P. Malgré la thématique centrale de la psychanalyse et par conséquent quelques références à l’incontournable mythe d’Oedipe, le réalisateur se cantonne à raconter l’histoire d’un individu sans lui donner la grandeur du tragique. C’est une toute autre manière de raconter une histoire. Reste à savoir si le film est un électron libre ou s’il marque le renouveau d’un style.

 

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