Entre les lignes/nouvelle du fond

Chère Madame Machin

Permettez-vous que j’emprunte votre fils ? Je crois l’aimer, d’un amour sans précédent. Je sais bien que je suis jeune et que ma vie est devant moi, mais je crois l’aimer, et j’en suis sûre.
Madame, je ne veux guère vous manquer de respect et je vous admire beaucoup. Ne considérez pas l’année que je viens de passer comme révélatrice d’une existence butinante.
Ce garçon a éveillé en moi des désirs que, même à mon âge, je pensais perdus, des papillons au ventre que je pensais envolés vers des âmes plus candides. Permettez-vous chère Madame que je donne à votre fils un baiser ? Oui, sur la bouche, et que nos langues jumelles et si aimantes se frôlent en tremblant ? Moi qui n’ose le regarder, de peur de me confondre et de me laisser aller à de terribles transports… Je brûle en secret d’un amour platonique, certes, mais non moins bestial de non-dits… Laissez-moi s’il vous plait, lui déposer sous la porte de sa chambre, un billet de ma main, pour lui filer un rencard… Les transports me perdent et je suis déjà éprise, à quoi bon s’enterrer, comme cette pauvre princesse de Clèves ? La passion est à fuir, je le sais bien, mais elle me bousille de ne pouvoir la consommer.

Oh ! Chère Madame, laissez-moi offrir à votre fils ma vertu, il la mérite tant. Laissez-moi l’étreindre et nous ébattre, ruisselants dans mes ruelles. J’offre ces ruelles, et la fille au milieu, comme unique dote…

Mais déjà… en ai-je trop dit…. Et c’est absolument confondue et néanmoins sans regret, que je vous écris ces dernières lignes.

Si vous pouviez lui déposer pour moi, la prochaine fois que vous lui rendrez visite, ce bouquet d’hortensia, afin que sa maison de pierre lui rappelle celle que nous avions prévue de faire construire. Je n’ai pas le cœur à vous mentir, et ce n’est pas sans peine que j’avoue ne pouvoir y aller… Je n’ai toujours pas accepté.

Veuillez croire chère Madame au chagrin qui m’assaille, et il se joint au votre pour tenter d’atténuer quelque peu notre souffrance, celle des vivants qu’Épicure a dénigrée et qui n’en est pas pour autant, moins forte.

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